Convention collective, fiscalité numérique, protection sociale et assainissement du paysage médiatique : le président de la Fédération patronale de la presse de Guinée (FEPAPG) propose une série de réformes pour redonner un souffle économique aux entreprises de presse et améliorer les conditions de vie des journalistes.
La presse guinéenne peut-elle sortir durablement de la précarité sans une réforme profonde de son modèle économique ? Pour Amadou Tham Camara, président de la Fédération patronale de la presse de Guinée (FEPAPG), la réponse passe par des mesures concrètes associant les pouvoirs publics, les organisations professionnelles et les entreprises de médias.
Invité de l’émission « Grand Angle » de la Radiotélévision guinéenne (RTG), le jeudi 22 octobre 2026, le responsable patronal a exposé les principaux chantiers qu’il juge indispensables à la survie économique du secteur. Parmi ses priorités figurent l’application de la convention collective des journalistes, leur affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), la réorganisation du paysage médiatique et la recherche de nouvelles ressources financières, notamment auprès des grandes plateformes numériques.
Convention collective : des droits, mais aussi des obligations
Pour Amadou Tham Camara, l’application effective de la convention collective constitue une étape décisive dans la professionnalisation du secteur. Ce texte doit permettre de mieux encadrer les relations entre employeurs et journalistes, tout en précisant les droits et les devoirs de chaque partie.
« Les journalistes auront des obligations vis-à-vis de leurs employeurs, mais également vis-à-vis du public. Les employeurs aussi auront certaines obligations vis-à-vis des journalistes », a-t-il rappelé.
Le président de la FEPAPG établit ainsi un lien direct entre les conditions de travail des journalistes et la qualité de l’information. Selon lui, la précarité professionnelle et l’absence de garanties sociales fragilisent les rédactions et peuvent nuire à la crédibilité du travail journalistique.
Mais cette réforme se heurte à une réalité : de nombreuses entreprises de presse disposent de moyens financiers limités. Pour le patron de presse, il serait difficile d’exiger des employeurs le respect de leurs obligations sans leur permettre de consolider leurs ressources.
Google et Facebook dans le viseur fiscal
C’est dans cette perspective qu’Amadou Tham Camara défend la mise en place d’un mécanisme fiscal visant les grandes plateformes numériques, notamment Google, Facebook et TikTok.
Il déplore qu’une part importante des recettes publicitaires échappe aux médias nationaux, alors que ceux-ci supportent les coûts de production de l’information, de fonctionnement des rédactions et de rémunération des journalistes.
« Aujourd’hui, une grande partie de nos revenus publicitaires part vers ces plateformes », a-t-il regretté.
Son objectif est de faire contribuer davantage les acteurs de l’économie numérique au financement de la presse locale. Le responsable a évoqué des expériences menées dans d’autres pays africains, notamment au Sénégal, qui pourraient alimenter la réflexion en Guinée.
Cette proposition vise à rééquilibrer la concurrence entre les géants du numérique et les médias nationaux, confrontés à un marché publicitaire étroit. Amadou Tham Camara affirme également que les discussions engagées avec les autorités, notamment le ministère de l’Économie et des Finances, doivent permettre d’identifier des mécanismes de financement susceptibles de faciliter l’application de la convention collective.
La CNSS, autre priorité du patronat
Au-delà des recettes publicitaires, la protection sociale des journalistes constitue un autre volet majeur de son programme. Le président de la FEPAPG souhaite faciliter leur immatriculation à la Caisse nationale de sécurité sociale.
Pour lui, l’accès à une couverture sociale ne doit plus rester un objectif théorique. Il estime toutefois que des mesures d’accompagnement sont nécessaires pour aider les entreprises de presse à assumer leurs obligations.
Amadou Tham Camara affirme que les organisations patronales concernées ont adhéré à cette démarche. Il plaide pour un cadre commun permettant à l’ensemble des acteurs de bénéficier de réformes destinées à améliorer les conditions économiques et sociales du secteur.
Assainir le paysage médiatique
Le président de la FEPAPG considère également que la multiplication des organes de presse sur un marché publicitaire limité accentue les difficultés financières des entreprises. Il appelle donc à une meilleure structuration du secteur et à l’émergence de médias disposant de moyens humains et financiers suffisants.
Il a notamment évoqué un projet de nouvelle loi sur la liberté de la presse qui prévoirait, selon les éléments présentés lors de l’émission, des exigences minimales en matière d’effectifs journalistiques. Ce texte étant encore en préparation, ses dispositions pourraient évoluer avant son adoption.
Pour Amadou Tham Camara, l’assainissement du paysage médiatique doit contribuer à une meilleure répartition des recettes publicitaires et favoriser le respect des droits des travailleurs.
Il estime par ailleurs que les aides publiques, à elles seules, ne sauraient résoudre les difficultés structurelles de la presse. Elles doivent s’inscrire dans une stratégie plus large de consolidation des entreprises et de diversification des sources de financement.
Un nouveau pacte avec l’État
Au-delà des réformes économiques et sociales, le président de la FEPAPG appelle à redéfinir les relations entre les médias et les pouvoirs publics. Il plaide pour un « nouveau pacte » avec le gouvernement, fondé sur la reconnaissance du rôle de la presse, la recherche de solutions concrètes à ses difficultés et la préservation de son indépendance.
À ses yeux, les médias doivent pouvoir exercer pleinement leur rôle de quatrième pouvoir dans un environnement garantissant à la fois la liberté d’informer, le respect des règles professionnelles et une régulation appropriée.
Convention collective, taxation des grandes plateformes, affiliation à la CNSS, restructuration du secteur et dialogue avec l’État : le programme défendu par Amadou Tham Camara dessine les contours d’une réforme ambitieuse de l’économie de la presse guinéenne.
Reste à savoir si ces propositions pourront dépasser le stade des intentions. Leur concrétisation dépendra des arbitrages des pouvoirs publics, des modalités de financement retenues et de la capacité des acteurs du secteur à s’accorder sur des mesures applicables. Pour les entreprises de presse, l’enjeu est de taille : créer les conditions d’une viabilité économique sans laquelle la protection des journalistes et la qualité de l’information risquent de demeurer fragiles.
Daouda Yansané