
Faire des revenus issus de Simandou un levier durable de transformation économique plutôt qu’une simple source de financement des dépenses publiques, c’est l’ambition affichée autour du futur Fonds souverain guinéen (FSG), dont les grandes orientations ont été présentées à l’occasion d’un atelier consacré à son cadre juridique, institutionnel et opérationnel.
Pensé comme l’un des instruments financiers du programme Simandou 2040, le Fonds devrait jouer un rôle central dans la mobilisation de capitaux destinés à financer des projets structurants dans plusieurs secteurs de l’économie nationale.
L’objectif ne serait toutefois pas de substituer le FSG aux investisseurs privés ou aux banques. Le mécanisme envisagé repose plutôt sur un principe de levier : utiliser les ressources du Fonds pour attirer d’autres financements et partager les risques autour de projets présentant un potentiel économique, social et financier.
Du corridor de Simandou à la diversification de l’économie
Les investissements envisagés pourraient s’appuyer sur les infrastructures développées dans le cadre du corridor de Simandou, tout en dépassant largement le seul secteur minier.
Parmi les projets évoqués figurent notamment la création d’une école spécialisée dans la formation aux métiers de l’alumine à Conakry, la modernisation de l’Institut supérieur des mines et de la géologie de Boké ainsi que le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises guinéennes.
L’agriculture, l’élevage, la pêche, la santé, l’éducation et la formation, notamment à travers la Simandou Academy, font également partie des secteurs susceptibles de bénéficier de ces investissements. Le tourisme, la culture et l’artisanat sont aussi cités parmi les domaines appelés à contribuer à la diversification de l’économie.
Cette orientation s’inscrit dans les ambitions affichées par le programme Simandou 2040, qui prévoit, selon les données présentées lors de l’atelier, 122 mégaprojets, 36 réformes et plus de 200 milliards de dollars d’investissements projetés à l’horizon 2040. Plus de 65 milliards de dollars devraient être mobilisés au cours de la phase d’accélération prévue entre 2025 et 2030.
Le FSG n’a cependant pas vocation à financer, à lui seul, cette enveloppe considérable. Sa fonction serait plutôt de servir d’instrument de mobilisation afin de susciter l’intervention d’autres investisseurs et de multiplier l’impact des ressources publiques.
et logement, logistique et transports, énergie et eau, tourisme, numérique et industrie financière.
Le Fonds devrait donc être appelé à arbitrer entre des projets aux profils très différents, avec une exigence commune : conjuguer rentabilité financière et impact sur le développement du pays.
Pour les opérations les plus importantes, celles représentant plus de 5 % du bilan du Fonds, la décision d’investissement reviendrait au conseil d’administration. En dessous de ce seuil, une délégation pourrait être accordée à la direction exécutive.
Cette architecture vise à établir un équilibre entre efficacité dans la prise de décision et contrôle des opérations présentant les enjeux financiers les plus importants.
Prochaine étape : passer du concept à l’opérationnalisation
Après l’atelier, le gouvernement entend désormais poursuivre le travail sur le cadre juridique et institutionnel du FSG. Il devra également préciser sa doctrine d’investissement et établir la feuille de route devant conduire à sa mise en œuvre effective.
Au-delà des textes et des mécanismes financiers, c’est donc la capacité de la Guinée à transformer une richesse minière exceptionnelle en actifs durables qui se trouve posée.
Le futur Fonds souverain devra, à terme, démontrer qu’une partie des revenus générés par Simandou peut être convertie en infrastructures, entreprises, compétences et investissements capables de produire de la valeur bien après l’épuisement des ressources minières.
C’est précisément sur cette capacité à penser le long terme que le Premier ministre entend juger la génération actuelle. « Notre génération sera jugée sur l’usage qu’elle aura fait des ressources exceptionnelles confiées à la Guinée », a-t-il déclaré.
Daouda Yansané