Affaire de la Cour constitutionnelle :Mohamed Lamine Bangoura face à une réquisition de 10 ans de prison et 50 milliards de francs guinéens d’amende

La procédure judiciaire concernant l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, entre dans sa phase finale.

Après plusieurs semaines d’audiences à la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), le ministère public a requis, le lundi 8 Juin 2026, des sanctions lourdes à l’encontre de l’ex-haut magistrat.

Les procureurs ont demandé une peine de dix ans d’emprisonnement ferme, ainsi qu’une amende de 50 milliards de francs guinéens (GNF). En outre, ils ont insisté sur la confiscation de tous les biens des prévenus, notamment ceux de Bangoura, ainsi que d’Amadou Diallo, ancien vice-président de la même institution, et Sidiki Sylla, ex-directeur administratif et financier.

Un dossier lourd de soupçons financiers

Mohamed Lamine Bangoura, en détention depuis décembre 2022 à la Maison centrale de Conakry, est accusé de détournement de fonds publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment d’argent et complicité. L’affaire concerne plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens, notamment : 20 milliards GNF issus du budget de la Cour constitutionnelle, 15 milliards GNF destinés à financer l’organisation des élections de 2020, ainsi que 9 milliards GNF liés à d’éventuelles rétrocommissions issues de la location du siège de l’institution.

Lors de l’audience, la partie civile, Lancinet Kanko Kourouma, ancien greffier de la Cour, a témoigné pour réclamer près de 1,9 milliard GNF, montant correspondant à des rappels de salaire impayés, en dénonçant un préjudice financier conséquent. Il a également indiqué avoir été privé d’autres indemnités et de ses droits.

De son côté, Mohamed Lamine Bangoura a nié toute responsabilité dans la gestion des rémunérations ou dans l’utilisation des fonds. Sa défense a contesté la solidité des charges, soulignant l’absence de preuves matérielles concrètes.

Les arguments du ministère public et de la défense

L’agent judiciaire de l’État a insisté sur le caractère insuffisamment justifié des dépenses avancées par l’accusation. Il a également pointé du doigt certaines acquisitions immobilières attribuées à Bangoura, notamment un duplex à Nongo et un immeuble à Dakar, estimant qu’elles témoignent d’un enrichissement suspect.

Le ministère public a requis une condamnation exemplaire, demandant la confiscation de tous les biens et leur gestion par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. La somme de 41 milliards GNF, correspondant à une réparation à l’État, a également été sollicitée.

Pour la défense, les avocats ont rejeté en bloc ces accusations, arguant que les montants évoqués sont démesurés et que leur client ne pourrait avoir détourné de telles sommes sans que cela ne soit repéré par la cour ou les autorités compétentes.

Une fin de procédure attendue en 2026

Avant de clore l’audience, Mohamed Lamine Bangoura a simplement déclaré : « Je m’en remets au jugement de Dieu. » La Cour de répression des infractions économiques et financières a mis l’affaire en délibéré. Le verdict sera rendu le 27 juin 2026.

L’issue de ce procès, qui concerne une figure majeure de la justice guinéenne, est très attendue et pourrait avoir un impact significatif sur la lutte contre la corruption dans le pays.

TAOB