
Détenu à la maison centrale de Conakry depuis son extradition, l’ancien aide de camp de la junte militaire Moussa Dadis Camara continue de garder son mal en patience en attendant l’organisation d’un procès juste et équitable sur le massacre du 28 septembre survenu en 2009.
Seulement que l’espoir du principal incriminé et celui de ses conseillers est entrain de s’évaporer dans la nature, alors qu’il a avait manifesté sa volonté de se soumettre à la justice de son pays avant son arrestation. Pour éclaircir la lanterne des uns et des autres sur les événements qui ont coûté la vie à plus de 150 guinéens sans oublier des blessés graves et victimes de viols et de disparitions.
Maintenant qu’Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumab souffre d’une pathologie sévère, sa détention pendant cette période de crise sanitaire liée au covid-19 représente une autre menace à sa santé. Son principal avocat Maître Paul Yomba Kourouma, s’inquiète avec les cas de contamination déjà enregistrés à la maison centrale de Conakry. Au-delà, il fustige l’attitude des autorités judiciaires qui, selon lui n’ont aucune intention d’organiser le procès du massacre du 28 septembre sinon que de « vouloir la mort de Toumba Diakité ».
Ci-dessous, l’entretien qu’il accordé à notre rédaction ce mercredi 10 juin 2020.
Bonjour Me Paul Yomba Kourouma :
Bonjour !
Quel risque en court votre client Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba » depuis sa détention à la maison centrale surtout pendant cette période de grande pandémie ?
Toumba court un risque permanent depuis le déclenchement de sa première pathologie, notamment la hernie de la ligne blanche qui requiert une intervention d’urgence et surtout très méticuleuse ordonnée d’ailleurs par le Docteur Awada de l’hôpital d’Ignace Deen, et cela à la demande du ministre de la justice d’alors Maître Cheick Sako. Mais depuis lors, Toumba n’a plus accès à aucun soin. Même à des simples traitements des infirmiers, il n’en a pas droit. A cela vient se greffer cette menace dans l’enceinte de la maison d’arrêt de Conakry. Ceux qui le gardent sont en contact permanent avec les détenus. Donc, le risque que lui-même soit contaminé est très grand. Outre que lui-même soit en confinement depuis plus de trois ans, il se prive de tout contact, parce que la moindre contamination deviendra un moyen d’aggravation de son état et ce qui rendra difficile sa prise en charge liée à sa fragilité par la première maladie.
Qu’en est-il du désengorgement de la maison centrale pendant cette période de covid-19 ?
Le cas de désengorgement de la maison d’arrêt de Conakry avait été envisagé et les personnes vulnérables à savoir les enfants, personnes âgées, les gens à délit mineur et les malades devaient être libérées. Parmi ces gens là, Toumba figure. Alors au lieu de les libérer, puisque nous nous attendions même à une grâce ou une remise en liberté ne saurait que sous condition ou provisoire de certaines personnes, c’est l’installation d’un centre de dépistage et de traitement dans même enceinte déjà contaminée par d’autres pathologies étrangères au covid-19.
Selon le ministre de la justice, la situation des contaminée du covid-19 est revenue à la normale à la prison de Conakry. D’ailleurs, il ordonné la reprise des audiences criminelles pour certaines juridictions. Qu’en dites-vous ?
Ce que le ministre de la justice a dit n’engage que lui. Ce ministre veut organiser des audiences criminelles en cette période de contamination liée à la pandémie. Je ne sais si ce sont les indemnités ou les avoirs que les partenaires étrangers ont dû donner au département qui lui fait dire qu’une affaire criminelle est affaire d’urgence. Sinon, une affaire criminelle ne relève pas d’un référé. En tout cas, c’est une affaire de fond.
Puisque le ministre s’inquiète de ceux qui ont passé deux à cinq ans de prison sans être jugé, alors Toumba en fait partie.
Hissène Habré qui est déjà condamné définitivement et est entrain de purger sa peine a bénéficié de cette mesure de libération, je ne vois pas pourquoi Toumba n’en bénéficierait-il pas. Parce que tous ses co-prévenus sont en liberté. Donc, la liberté de Toumba n’est pas une entrave à la manifestation de la vérité. L’affaire est déjà instruite bien que massacrée.
Croyez-vous à l’aboutissement du procès du massacre du 28 Septembre ?
Ce jugement n’aura jamais lieu. On ne fait que distraire la CPI qui est compétente pour connaitre cette affaire. Le ministre de la justice disqualifie cette affaire et la ramène en crimes simples. Sur les affaires qui sont entrain d’être jugées actuellement pourquoi ne pas impliquer Toumba ?
Pire, le local qui doit abriter ce jugement est en chantier et il n’évolue pas pratiquement. Et on nous avait promis qu’au mois de juin, tout serait fini maintenant que c’est le contraire. Aucune excuse n’est présentée ni à la Cour Pénale Internationale, ni aux partenaires au développement, ni aux parties civiles encore moins aux accusés.
Ce qui est sûr l’Etat n’a aucun intérêt à organiser ce procès. Les autorités judiciaires de notre pays n’entendent pas ça d’une bonne oreille. Si non ils ont été renvoyés devant le tribunal criminel de Dixinn et à la dernière minute on nous dit que c’est une juridiction spéciale qui doit connaitre de cette affaire. Ce qui veut dire, on va recruter des magistrats, des greffiers dans chacune des juridictions pour en constituer un pool pour connaitre de cette affaire.
Face à cette attitude, que demandez-vous à la CPI ?
La CPI pourrait bien s’intéresser à cette affaire. Elle devrait faire le constat qu’elle entrain d’être distraite et que les autorités judiciaires de la Guinée n’ont aucune intention à organiser ce procès. D’ailleurs, elles n’en ont la capacité.
Toumba court un risque très imminent. Il est aujourd’hui considéré à tord comme l’épine dorsale de cette affaire, la pièce maîtresse sans laquelle ce procès ne pourrait pas se tenir. Alors, il mérite d’être menacé plutôt que de le livrer à la mort. Parce que cette attitude de nos autorités, l’indifférence face à son traitement et sa prise en charge dénote que sa mort est souhaitée de façon subtile et que celle-ci mettrait peut-être fin à ce procès.