Au terme de deux journées de réflexion et de renforcement des capacités, journalistes, acteurs de la société civile et représentants d’institutions publiques ont pris un engagement commun : faire des médias un levier de prévention des discours de haine et de consolidation de la cohésion sociale. Au-delà des échanges, l’atelier s’est conclu par l’adoption de plusieurs recommandations et la création d’un comité de veille citoyen chargé de surveiller les contenus à risque.
À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la diffusion de rumeurs, de fausses informations et de messages à caractère haineux, les participants ont unanimement reconnu que la responsabilité des médias n’a jamais été aussi importante. Dans un contexte marqué par des tensions sociales récurrentes et une circulation incontrôlée de l’information, le journaliste est appelé à jouer un rôle qui dépasse la simple diffusion de l’actualité : celui d’acteur de prévention.
C’est autour de cette conviction que s’est articulée cette session de formation de deux jours, consacrée à l’éthique journalistique, à la lutte contre la désinformation et à la prévention des discours de haine. Les échanges ont porté sur les bonnes pratiques professionnelles, les mécanismes de vérification de l’information, ainsi que les conséquences que peuvent avoir certains contenus médiatiques sur la stabilité sociale.
Dans son intervention de clôture, Mme Barry a rappelé que la liberté d’informer s’accompagne d’une responsabilité particulière. Selon elle, les médias ne peuvent ignorer l’impact de leurs productions sur l’opinion publique.
« Notre voix et nos images doivent servir à informer avec responsabilité, dans le respect de l’éthique et de la déontologie. Nous devons lutter contre le fait de relayer des messages susceptibles d’alimenter la haine, la stigmatisation ou la violence », a-t-elle déclaré devant les participants.
Pour la responsable, les enseignements tirés de cette formation ne doivent pas rester théoriques. Elle a invité les journalistes à les traduire dans leur pratique quotidienne afin de promouvoir une information professionnelle, équilibrée et respectueuse de la dignité humaine.
Au-delà des déclarations d’intention, les participants ont souhaité inscrire cette dynamique dans la durée. Au nom de l’ensemble des journalistes présents, Oury Barry, représentant du Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG), a présenté une série de recommandations destinées à renforcer les mécanismes de prévention.
Il a notamment plaidé pour la création d’un cadre permanent de concertation réunissant les médias, les organisations de la société civile et les institutions concernées. Une telle plateforme, a-t-il estimé, permettrait de renforcer le dialogue, d’anticiper les situations de crise et de favoriser une réponse coordonnée face aux contenus susceptibles de provoquer des tensions.
Dans le même esprit, il a recommandé la mise en place d’un réseau regroupant les journalistes formés à l’issue de cet atelier. Cette plateforme d’échanges aurait pour vocation de faciliter le partage d’informations, la coordination des actions de veille et le signalement rapide des contenus jugés préoccupants.
S’adressant directement aux professionnels des médias, Oury Barry a insisté sur le respect des règles d’éthique et de déontologie. Il a rappelé l’obligation de vérifier systématiquement les informations avant leur diffusion, d’éviter tout traitement sensationnaliste des sujets sensibles et d’adopter une approche éditoriale susceptible de prévenir les discours de haine, la désinformation et les fractures sociales.
L’une des principales décisions issues de cette rencontre reste toutefois la création d’un comité de veille citoyen. Composé de représentants des médias et d’autres acteurs engagés dans la promotion de la paix, cet organe sera chargé d’assurer un suivi permanent des contenus à risque, d’alimenter les mécanismes d’alerte précoce et de promouvoir une culture de la vérification des faits.
Au-delà des résolutions adoptées, les participants sont conscients que le véritable défi commence maintenant. Car si les discours de haine prospèrent souvent sur fond de désinformation et de polarisation, leur recul dépendra aussi de la capacité des médias à privilégier la rigueur, l’équilibre et la responsabilité dans le traitement de l’information. Pour les organisateurs, c’est à ce prix que la presse pourra pleinement assumer son rôle de sentinelle de la démocratie et de facteur de cohésion sociale.
Daouda Yansané