Les autorités guinéennes annoncent avoir porté un coup important à un réseau criminel spécialisé dans le trafic illicite de migrants. À l’issue d’une opération menée conjointement avec les services de sécurité sierra-léonais, cinq suspects ont été interpellés et transférés en Guinée. Selon les enquêteurs, le groupe opérait depuis une villa située à Makeni, en Sierra Leone, présentée frauduleusement comme une représentation diplomatique guinéenne.

L’enquête a été ouverte à la suite de nombreuses plaintes déposées par des familles guinéennes dénonçant la disparition ou l’escroquerie de proches candidats à l’émigration. Les investigations, conduites sous l’autorité du parquet général près la Cour d’appel de Conakry, ont abouti à une vaste opération coordonnée entre les services de police des deux pays.

D’après la porte-parole de la Police nationale, la capitaine Rama Baldé, quatre personnes – Mohamed Lamine Camara, alias « Tamisso », Abdoul Camara, Ibrahima Sylla et Peter H. Condé – ont été arrêtées à Makeni. Toutes sont de nationalité guinéenne. Les enquêteurs les accusent d’avoir transformé une villa en une prétendue ambassade de Guinée afin de donner une apparence officielle à leurs activités.

Un cinquième suspect, Alpha Ouma Diallo, a été interpellé à Freetown. Il est poursuivi pour une affaire distincte d’escroquerie portant sur un préjudice estimé à 49 millions de francs guinéens.

Une fausse couverture commerciale

Les investigations ont également révélé que les membres présumés du réseau utilisaient les activités de la société Infinity Millennium Qnet comme façade pour recruter leurs victimes. Présentée comme une opportunité d’investissement et de mobilité internationale, cette couverture leur permettait d’approcher de jeunes Guinéens désireux de rejoindre l’Europe ou l’Amérique.

Selon la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), les recrues étaient convaincues de verser d’importantes sommes d’argent en échange de prétendues démarches administratives et de promesses de voyage qui ne se concrétisaient jamais.

Coopération sécuritaire

Grâce à la coopération entre les autorités guinéennes et sierra-léonaises, les cinq suspects ont été remis aux autorités guinéennes dans le cadre d’une procédure de remise simplifiée de police à police, effectuée au poste frontalier de Pamalap, conformément aux accords régionaux d’Accra de 2003.

À leur arrivée à Conakry, ils ont été placés en garde à vue dans les locaux de la Direction centrale de la police judiciaire, où les investigations se poursuivent.

Des poursuites envisagées

Au regard des premiers éléments réunis, les mis en cause pourraient être poursuivis pour plusieurs infractions, notamment association de malfaiteurs, escroquerie, traite des êtres humains, trafic illicite de migrants ainsi qu’usurpation de titres et de fonctions, conformément aux dispositions du Code pénal guinéen.

La Direction générale de la Police nationale a salué la collaboration entre la DCPJ, les bureaux d’Interpol de Conakry et de Freetown ainsi que les autorités sierra-léonaises, estimant que cette opération illustre l’efficacité de la coopération régionale dans la lutte contre la criminalité transnationale.

Les autorités appellent enfin les citoyens à faire preuve de vigilance face aux offres de voyage et aux promesses d’emploi à l’étranger jugées trop avantageuses. Elles invitent les victimes ou toute personne disposant d’informations sur ce type de réseau à contacter gratuitement le numéro d’urgence 117, accessible en permanence.

Daouda Yansané