Conakry, 0 2 juillet 2026 – La Guinée a dévoilé ses résultats de la 6ème Enquête Démographique et de Santé (EDS-VI) lors d’une cérémonie organisée dans un établissement hospitalier de la capitale. Ce rapport, considéré comme un outil stratégique pour orienter les politiques publiques, dresse un état des lieux précis et sans concession de la situation sanitaire et sociale du pays, en plein déploiement du programme de développement « Simandou 2040 ».

Un contexte de transformation profonde

Selon l’Institut National de la Statistique (INS), cette enquête s’inscrit dans un contexte national marqué par une volonté de transformation profonde. Le Directeur général de l’INS, Dr Makan Doumbouya, a souligné l’importance de disposer de données fiables pour le succès du programme « Simandou 2040 », dont la santé constitue l’un des piliers essentiels. « La mise en œuvre de ce programme nécessite un suivi rigoureux et actualisé pour répondre aux engagements pris par la Guinée à l’échelle nationale et internationale », a-t-il affirmé.

Des chiffres révélateurs

Les résultats de l’EDS-VI dressent un tableau révélateur des défis à relever. Parmi les principales données, on note que seulement 39 % des ménages ont accès à l’électricité, avec une disparité importante entre zones urbaines (11,6 %) et rurales. En matière d’assainissement, 31 % des ménages disposent

d’installations améliorées, mais l’accès à l’eau potable reste inégal selon la localisation géographique.

L’indice synthétique de fécondité s’établit à 4,5 enfants par femme, avec des disparités régionales marquées : dans les régions de Kankan et Faranah, ce taux dépasse six enfants par femme. Par ailleurs, 23 % des femmes ont des besoins non satisfaits en planification familiale, alors que seulement 7 % utilisent une méthode contraceptive moderne.

Sur le plan des soins de santé, 80 % des femmes ayant eu une naissance récente ont bénéficié de soins prénatals par un personnel qualifié, et 67 % des accouchements ont eu lieu dans une structure de santé, contre 55 % en 2018. Cependant, la mortalité infantile demeure élevée, avec 95 décès pour 1 000 naissances vivantes, et la mortalité maternelle a légèrement diminué, passant de 530 à 501 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2018 et 2025.

La couverture vaccinale reste également faible, avec seulement 26 % des enfants de 12 à 23 mois complètement vaccinés. Concernant la lutte contre le paludisme, 41 % des ménages possèdent au moins une moustiquaire imprégnée, mais seulement 22 % déclarent que tous leurs membres ont dormi sous une moustiquaire la nuit précédente.

Des enjeux de santé non négligeables

L’enquête révèle également une prévalence préoccupante de certaines maladies : 12 % des femmes et 16 % des hommes présentent une hypertension artérielle, 18-19 % souffrent de diabète, et la prévalence de l’hépatite B s’établit à 7 % chez les femmes et 9 % chez les hommes.

Une volonté politique affirmée

Pour la ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, Khaïté Sall, ces chiffres traduisent les premiers résultats tangibles des investissements engagés. « La mortalité infantile a commencé à reculer, passant de 67 % en 2018 à 61 % en 2025. Ces avancées sont le fruit de choix politiques courageux, portés par le président de la République, et soutenus par nos partenaires », a-t-elle souligné.

Toutefois, la ministre insiste sur la nécessité de poursuivre et d’accélérer les efforts : « Pour atteindre la couverture santé universelle et faire de la Guinée une destination médicale de référence, nous devons renforcer l’équité territoriale, améliorer la santé reproductive et agir sur les déterminants sociaux de la santé. »

Elle a également rappelé que « ces données ne doivent pas rester lettre morte » et que chaque décision dans le secteur doit désormais être guidée par la volonté d’améliorer concrètement la vie des populations. « Notre objectif est clair : sauver des vies et améliorer la qualité des soins dans toutes nos structures », a-t-elle martelé.

Une démarche fondée sur la transparence et la science

Le ministre du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, Ismael Nabé, a quant à lui souligné que la publication de ces résultats marque une étape décisive dans la gouvernance guinéenne. « La Guinée opte pour la transparence et la planification basée sur des preuves. Les statistiques doivent servir à prendre des décisions concrètes pour améliorer la vie des citoyens », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur le fait que ces indicateurs doivent devenir un levier pour l’action concrète, en mobilisant tous les acteurs du développement, les administrations et la société civile. « La réussite des nations ne repose pas seulement sur leurs richesses naturelles, mais sur leur capacité à produire et à utiliser les meilleures données pour décider », a-t-il conclu.

Une cérémonie d’union nationale

La présentation officielle des résultats a réuni un panel d’autorités, dont le représentant du Premier ministre, plusieurs membres du gouvernement, ainsi que des représentants de la Banque mondiale et du système des Nations Unies en Guinée. La démarche s’inscrit dans une volonté commune de faire de la Guinée un pays qui avance avec des données précises, pour bâtir un avenir plus sain et plus équitable.

TAOB