Installé à la tête du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara a levé le voile sur les grandes orientations de son action. Face aux critiques récurrentes visant l’appareil judiciaire guinéen, le nouveau Garde des Sceaux entend engager des réformes profondes, articulées autour de cinq priorités majeures, allant de la réduction de la détention préventive à la protection renforcée des libertés fondamentales.
Lors de sa prise de fonction, le ministre a insisté sur la nécessité d’instaurer une justice plus humaine et plus responsable. « Le respect strict des délais légaux et la réduction raisonnée de la détention provisoire seront au cœur de notre politique pénale », a-t-il affirmé, plaidant également pour le recours accru aux alternatives à l’incarcération. Une orientation qui vise à désengorger les prisons et à garantir davantage les droits des personnes poursuivies.
La question carcérale figure en bonne place dans cette nouvelle feuille de route. Conscient du surpeuplement et de la dégradation des conditions de détention, Ibrahima Sory II Tounkara a annoncé une lutte « méthodique » contre ces maux, combinée à une modernisation de la gestion pénitentiaire. L’objectif affiché est clair : restaurer la dignité des détenus tout en améliorant l’efficacité du système.
Autre pilier de cette gouvernance annoncée : la formation et l’éthique des acteurs judiciaires. Le ministre prévoit l’institutionnalisation de la formation continue, ainsi qu’une valorisation accrue de la déontologie et des droits de l’homme au sein de la magistrature et des services judiciaires. Pour lui, une justice crédible passe nécessairement par des femmes et des hommes formés, responsables et animés par un sens élevé de l’éthique.
Les droits de l’homme constituent, selon ses propres termes, la « boussole » de son action. Accès équitable à la justice, protection effective des libertés fondamentales, prévention des violations : autant d’engagements destinés à réconcilier les citoyens avec une institution souvent perçue comme défaillante. « Une justice respectueuse des droits de l’homme, c’est celle qui garantit la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable, l’égalité de tous devant la loi et l’effectivité des recours », a rappelé le ministre.
Enfin, la modernisation des infrastructures judiciaires complète ce programme de réformes. Réhabilitation des juridictions, digitalisation progressive des procédures et promotion d’une gouvernance fondée sur le dialogue et la responsabilité partagée figurent parmi les chantiers annoncés.
S’adressant à l’ensemble des acteurs de la chaîne judiciaire, Ibrahima Sory II Tounkara a lancé un appel à l’unité et à l’engagement collectif. Magistrats, avocats, greffiers, officiers de police judiciaire, personnels administratifs et partenaires institutionnels sont invités à s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. « Aucune réforme ne peut réussir sans une prise de conscience collective et courageuse. La justice n’appartient pas à un homme, elle appartient à la République et au peuple », a-t-il conclu.
Avec cette déclaration d’intentions, le nouveau ministre place son mandat sous le signe de la refondation, dans l’espoir de restaurer la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire.
Daouda Yansané