La lecture de l’article 193 du projet de nouvelle Constitution guinéenne suscite un mélange de surprise, d’ironie et de scepticisme légitime. Cet article, qui se veut un rempart contre les dérives autoritaires et les manipulations institutionnelles, risque paradoxalement de devenir un miroir déformant de la réalité politique du pays.

D’emblée, l’article établit un ensemble de principes dits intangibles : la forme républicaine de l’État, sa laïcité, son unicité, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, le pluralisme politique et syndical, ainsi que le nombre et la durée du mandat présidentiel. Aucun de ces principes ne peut faire l’objet de révision constitutionnelle. Plus encore, toute tentative du Président de la République de porter atteinte, même indirectement, à « la lettre ou à l’esprit » de ces fondements serait constitutive de haute trahison. Le texte va jusqu’à criminaliser toute forme de soutien à un projet qui viserait à les modifier, même par simple propagande.

Sur le papier, l’intention paraît noble. L’article veut verrouiller les acquis démocratiques face aux coups de force institutionnels et aux ambitions personnelles. Pourtant, à la lecture attentive, on peine à réprimer un rire nerveux. Ce n’est pas tant le contenu juridique qui fait sourire, mais plutôt le décalage entre cette déclaration de principes et la réalité politique guinéenne.

Comment ne pas relever l’ironie d’un tel texte dans un pays où les Constitutions sont taillées, retaillées et piétinées au gré des régimes ? Où les promesses de non-révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels ont toujours servi de marchepied vers des troisièmes mandats déguisés ? Où la séparation des pouvoirs reste théorique face à l’omnipotence de l’exécutif ? Où les mouvements de soutien fleurissent pour encenser chaque parole du chef de l’État, souvent sans grand égard pour les principes qu’ils prétendent défendre ?

L’article 193, à force de vouloir sanctuariser des principes essentiels, finit par ressembler à un vœu pieux, voire à une pirouette de légitimation dans un projet constitutionnel dont les véritables intentions restent floues. Car si la Constitution doit être la loi fondamentale de la République, elle n’est crédible que si ceux qui la proclament sont les premiers à la respecter.

La menace de ‘‘haute trahison’’ pour toute atteinte aux principes cités pourrait impressionner dans un autre contexte. En Guinée, elle évoque davantage une épée de Damoclès suspendue au-dessus d’un théâtre politique où les acteurs changent souvent de rôle… mais pas de scénario.

En somme, cet article 193 pose une bonne question : que vaut une Constitution, aussi protectrice soit-elle, si elle n’est pas ancrée dans une culture politique sincèrement démocratique ? La réponse, elle, ne se trouve pas dans les textes, mais dans les actes.

Daouda Yansané