Responsables de l’OGDH

L’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme et du citoyen condamne la répression des manifestants qui expriment leur ras-le-bol contre l’installation des barrages à Coyah et Dubréka où plusieurs morts sont enregistrés dans la journée du mardi 12, mai 2020. A cela s’ajoutent, les incidents survenus à Kamsar dans la localité de Boké en marge de la manifestation contre le délestage du courant électrique dans la même journée.

Par la voix de son président Abdoul Gadiry Diallo,  l’OGDH déplore les atteintes aux droits de l’Homme avec l’intervention disproportionnée des forces de sécurité dans le maintien d’ordre.

Ci-dessous, la réaction du président de l’OGDH, Abdoul Gadiry Diallo, consultée dans la presse par notre rédaction avant d’être transcrite en filigramme  d’entretien.

Les événements macabres de la journée du mardi 12 mai 2020 relèvent-ils selon vous d’un manque de lisibilité dans la stratégie de confinement avec l’établissement des barrages partout ?

Gouverner, c’est prévoir. Lorsque vous avez les destinés d’un pays en main et que vous devez décider d’une mesure, il faut tenir compte de tous les paramètres qui entre en jeux. Tenir compte du fait que c’est une population qui vit dans la précarité. Tenir compte du fait que le taux de corruption dans le pays est très élevé. Qu’est-ce qui pose problème ? C’est l’utilisation des barrages à des fins lucratives. C’est-à-dire que l’Etat a ordonné d’ériger des barrages pour essayer de contrôler le mouvement de la population. Et, les agents de sécurité profitent de cette occasion pour se faire de l’argent sur le dos des citoyens. Pourquoi voulez-vous que les gens prennent au sérieux la mesure envisagée par l’Etat lorsqu’ils se rendent compte que les agents de l’Etat eux-mêmes utilisent cette mesure pour se faire de l’argent ? Cela veut dire qu’il n’y aura plus de sérieux dans ce que nous faisons.

Les militaires sont postés quelque part et c’est eux-mêmes qui se portent volontiers pour accompagner des motards ou des propriétaires de voiture moyennant le payement d’un certain montant. A partir de ce moment, les citoyens ont l’impression que la mesure peut être banalisée.

La deuxième chose qu’il faut observer, ce que ce n’est pas parce qu’on a demandé de mettre en place des barrages pour contrôler le mouvement de la population qu’il faut ériger des barrages un peu partout à tort ou à raison. Il faut que cela soit réglementé. L’Etat a indiqué des points où il faut mettre les barrages. Ce sont ces points qui peuvent être considérés comme étant des endroits retenus pour servir de barrage. Mais, avec la multiplicité des barrages partout, on donne l’impression aux gens que c’est quelque chose qui se fait à la tête des citoyens ou bien à la tête des agents qui sont là. Ce qui malheureusement ne contribue pas à donner de la rigueur au travail qui a été ordonné par l’Etat.

Pointez-vous un doigt accusateur sur les forces de sécurité ?

Aujourd’hui encore, il y a des morts parce qu’il y a une désinvolture de la part d’un certain nombre d’agents de sécurité qui érigent des barrages partout.

Quel est votre dernier mot ?

L’OGDH condamne fermement cette nouvelle répression qui constitue une atteinte à la vie des citoyens. On n’a pas le droit de tuer comme on veut. Ce n’est pas normal et surtout que cela peut se passer comme ça, sans qu’il n’y ait des sanctions. C’est comme si les gens sont dédouanés et c’est très regrettable.

Thierno Aissata BALDE