Me Hamidou Barry

Le décret de promulgation de la nouvelle constitution après le verdict de la cour constitutionnelle sur le scrutin référendaire du 22 mars dernier, crée de vives réactions des organisations de défense des droits humains membres du Front National pour la Défense de la Constitution. Parmi elles, la Coalition Guinéenne pour la CPI. Cette organisation de la société civile relevant de l’OGDH maintient sa position d’antan. Malgré la promulgation du nouvel arsenal juridique qui, dans un Etat de droit obéit à des procédures spécifiques d’élaboration (pouvoir constituant originaire) ou de révision (pouvoir constituant dérivé), la CG-CPI  reste constante dans sa bataille. Elle reproche aux autorités politiques d’avoir tripatouillé la constitution de 2010 en mettant en cause les intangibilités constitutionnelles comme le nombre et la durée des mandats présidentiels.

Lisez plutôt !

Affiches Guinéennes: Bonjour Me Hamidou Barry !

Me Hamidou Barry: Bonjour !

Vous êtes le président de la Coalition Guinéenne pour la CPI, une organisation membre de l’OGDH et du FNDC qui se bat pour la démocratie et l’Etat de dans notre pays, quelle position avez-vous sur la promulgation de la nouvelle constitution ?

Notre position n’a pas varié, nous défendrons toujours la constitution du 7 mai 2010. On n’est pas en contradiction avec la légalité, c’est une violation de la constitution de 2010.

Cette constitution a été obtenue dans le sang, des arrestations,  des fausses communes, de graves cas de violations de droits de l’Homme.

Rappelez-vous, lorsque le feu Lansana Conté avait modifié la constitution en 2001, il s’est octroyé un mandat de sept (7) ans. Est-ce que  cette a été mise en vigueur ? Non ! L’histoire peut se répéter.

Nous, nous défendons des valeurs et principes et restons constants.

A vos yeux, cette nouvelle constitution n’est qu’un feu de paille ?

C’est eux qui savent ce qu’ils vont faire de cette nouvelle constitution.

Alors, si décriez cette nouvelle constitution, cela veut dire que mettez en doute sa légitimité et l’autorité du chef de l’Etat ?

Cela est évident !

En pareille circonstance, que faut-il faire ?

Il faut exercer les voies de recours devant les juridictions ordinaires sur tous les cas  qui ne relèvent pas des compétences de la Cour Constitutionnelle.

Mais comment cela deviendra-t-il possible alors que la Cour Constitutionnelle a déjà rendu public son arrêt sur scrutin  référendaire du 22 Mars dernier ?

Vous avez oubliez la jurisprudence Ivoirienne ? Une Cour Constitutionnelle qui avait proclamé Laurent Bagbo gagnant après la même Cour vient proclamer Alassane Wattara vainqueur aussi. C’est pour vous dire qu’en Afrique de l’Ouest, les institutions ne jouent pas leur rôle.

Si vous décidez de ne pas plus reconnaître l’autorité du président Alpha Condé à qui vous demandez le départ du pouvoir, le mieux serait-il d’accepter qu’on finisse la croisade contre la pandémie COVID-19 avant tout mouvement de protestation ?

Avec la pandémie là, la vie ne doit pas s’arrêter. Est-ce-que les gens ne mangent pas,  ils ne se déplacent pas ou ne prient pas à la maison ?

Le gouvernement n’est-il pas entrain de dérouler son programme ? Est-ce-que les services publics sont hermétiquement fermés ?

Il faut s’inspirer de l’exemple Béninois. Le président Béninois a dit qu’il ne peut pas confiner sa population. Si Vous confinez les gens, il y aura plus de dégâts énormes.  Il faut prendre des mesures sanitaires, dépister et traiter les gens qui sont malades.

Dèja, le gouvernement a dévoilé son plan de riposte économique de plus de 3000 milliards de francs guinéens pour contrer le Coronavirus. Un plan de riposte qui prévoit une trentaine de mesures tendant à soulager les citoyens pendant cette période de pandémie.

Sur le plan du discours, nous apprécions mais nous attendons des actes. Vous savez que la Guinée est un pays de discours. Attendons de voir l’application, c’est ce qui est important.

Quelle est la conduite à tenir au niveau de votre organisation ?

La conduite à tenir c’est continuer le combat en dénonçant et faisant des déclarations.

D’ailleurs,  nous demandons à ce que tous les détenus soient mis sous contrôle judiciaire s’ils ne sont pas jugés. Les détenus qui sont condamnés, qu’on leur accorde la grâce ou la libération conditionnelle pour désengorger les prisons et  éviter des cas de contaminations.

Il ne faut pas que COVID-19 occulte les autres activités liées aux droits de l’Homme et à la vie de la nation. Tout aller ensemble.

Vous demandez la libération des détenus en cette période de pandémie, alors que certaines audiences des juridictions sont suspendues. Comment allez-vous faire ?

Les référés ne sont pas suspendus comme les audiences correctionnelles.

Nous sommes entrain de réfléchir pour conseiller le ministère de la justice  afin qu’il y ait la tenue des audiences à huis-clos où il n’ya que le juge, l’accusé et les deux avocats. Parce qu’il ya des détenus de plus de sept ans et de plus de 10 ans qui ne sont pas jugés. Il faut faire attention ! Avec la pandémie, il ne faut pas qu’on arrête la vie de la nation.

Entretien réalisé et décrypté par Thierno Amadou Oury BALDE, spécialiste des questions juridiques et judiciaires.

 thiernoamadououry@gmail.com

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