
Il n’est secret pour personnes que depuis l’annonce de l’adoption d’une nouvelle constitution, plusieurs manifestations soldées par des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants sont enregistrées dans le pays.
L’un des Reporters de votre hebdomadaire (Affiches Guinéennes) a rencontré Me Thierno Souleymane Barry, avocat à la cour et défenseur des droits de l’homme. Avec lui, nous avions abordé des sujets liés à l’arrestation et détention des personnes dans les lieux non reconnus par la loi, de l’interdiction du droit de manifester et les poursuites judiciaires contre des journalistes et les acteurs de la société civile.
Lisez…
Bonsoir Me Thierno Souleymane Barry?
Bonsoir !
Nous avions appris qu’à travers vos clients vous avez porté plainte contre des responsables des CMIS et militaires pour disparition forcée ?
Effectivement, notre cabinet a été saisi par les parents de beaucoup de personnes à Conakry et même ailleurs. Ils disent que leurs fils, époux ont été kidnappés par des hommes parfois en cagoule et ils ont été amenés vers les destinations qui s’avèrent inconnues. De fil à aiguille, ils ont constaté que c’est dans certains garnisons, certains locaux des CMIS qu’ils sont détenus. En tant que tel, le code pénal est claire l’a dessus. Il s’agit des disparitions forcées. Cela est également puni par la loi.
Quand de telles choses se passent et qu’un client vous saisi, vous n’avez pas d’autre choix que de porter plainte en leur nom et pour leur compte. La question de disparition forcée est quelque chose qui taraude notre mémoire. Lors du premier régime, des jeunes cadres de notre pays ont disparu de cette façon. Pour prévenir cela, je pense que c’est le bon moment de résoudre ce problème. Aussi, vous savez tous les lieux de détentions sont connus du ministère de la justice. Un camp militaire ne peut pas être constitué comme un centre de détention. C’est un peu le sens de cette plainte au nom des victimes de ces exactions.
Y a-t-il des conventions qui interdissent la disparition forcée ou involontaire ?
Il existe même une convention internationale sur les disparitions forcées et involontaires. Il existe même un comité des Nations-Unies dans un tel cadre. On a connu par le passé lors de la guerre froide et autres des pays comme l’argentine ou ailleurs, c’est un cas récurrent et en dehors. C’est une violation grave des droits de l’homme. Normalement, un citoyen vous lui donner une convocation, il se rend. S’il ne se rend pas vous avez la possibilité de mettre mandat. Il prend avocat et la procédure suit sont cours. C’est ce qui n’est pas le cas en ces moments en Guinée.
Si votre plainte ne connaîtrait pas une suite, souhaitez-vous aller au niveau des juridictions hors de la Guinée ?
Nous écoutons nos clients. Mais en générale, il y a la cour d’Abuja au Nigeria. Parce ce que cette cour peut connaitre l’ensemble des violations concernant tous les instruments de droit de l’homme ratifié par l’Etat. La Guinée est l’un des pays qui ratifie le plus des conventions internationales de protection des droits de l’homme même si la réalité des cas ce n’est pas évident. Il y a le comité des Nations-Unies sur la disparition forcée et involontaires et autres. Donc, l’idée est que cette histoire sombre de notre pays ne se répète plus. On a souvent l’habitude de dire ici la Guinée a mangé son blé en herbe. Cela signifie que nos jeunes pousses, nos cadres qui peuvent construire ce pays ont en général disparu de cette façon. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui à ce niveau. La pénurie des cadres. Nous avons décapités l’élite guinéenne que ce soit au temps du premier régime, en 1984 et même de nos jours. La richesse d’un pays ce sont ses ressources humaines.
Quelle lecture faites-vous sur les droits de l’homme en Guinée ces derniers temps ?
C’est l’une des périodes les plus critiques en matière de respect des droits fondamentaux du citoyen. Je cite pour preuve le cas par exemple de la liberté de la presse. Vous avez vu tous les tôlés qu’on a défilé devant les tribunaux pour la liberté des journalistes, pour la liberté de l’opinion. Le cas emblématique de Diallo Souleymane et Abou bakr. Il a fallu jusqu’à la cour d’appel pour qu’on applique aux journalistes la loi spéciale (L002) sur la liberté de la presse et non la loi sur la cybercriminalité non plus le code pénal. Parce que nous avons choisi l’option de dépénaliser les délits de presse. Cela ne veut pas dire que le journaliste peut tout faire. Il peut y avoir des amendes et autres taxes.
Deuxièmement : vous avez le droit de manifester. Un droit père et mère de la démocratie. Combien de personnes sont trimbalées devant les tribunaux sous l’empire de l’article 627 ou on parle de trouble, d’occupation illégale et autre. Alors que ces personnes exercent simplement le droit constitutionnel de manifester. Cette question de droit à la vie. Des gens qui meurent, qui sont assassinés. Le regard est un regard sombre. Je sais qu’il a eu beaucoup d’avancées à un moment donnée, mais nous ne le constatons pas aujourd’hui. C’est pour cela qu’il faut se lever pour que la Guinée soit un Etat de droit, un Etat où on respecte les droits de l’homme. Notre richesse ne sera pas la bauxite, l’agriculture, mais c’est d’abord l’être humain et son respect doit être fondamental.
En temps qu’acteur des droits de l’homme, quel appel avez-vous pour le respect de ces droits en Guinée ?
En premier lieu, il faut que nous ayons un Etat de droit. L’Etat qui est soumis au respect de la loi. Il faut le respect de notre loi suprême qui est la constitution. C’est elle qui consacre l’organisation de l’Etat, l’alternance et consacre le respect fondamental du droit de la personne.
Deuxièmement, les forces de l’ordre restent et demeurent républicaines. Ils sont là que pour protéger les citoyens. Prévenir les troubles et défendre l’intégrité du territoire. Tout ça pour l’être humain.
Troisièmement, c’est continuer d’assurer la formation pour des citoyens et tous les acteurs. Que ce soit les structures locales, les forces de défense et de sécurité aux modules des droits de l’homme. Parce que la meilleure manière de respecter quelque chose, c’est de connaitre d’abord. C’est de cette Guinée que nous voulons. Sans cela on ne peut pas parler d’émergence en Guinée.
Entretien réalisé par Daouda Yansané, journalistes des questions juridiques et judiciaires.
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