
La volonté politique de l’exécutif de coupler les élections législatives et le référendum le 1er mars prochain, stimule toute sorte d’analyse et d’interprétation dans les médias. De nombreux observateurs relèvent l’ambition du chef du chef de l’Etat à s’octroyer un troisième mandat avec la prise de son décret rendu public dans la soirée du mardi, 4 février 2020.
Malgré les tensions et violences politiques occasionnées par l’entreprise du projet de nouvelle constitution que les opposant au troisième mandat qualifient de coup d’Etat constitutionnel, tout laisse à croire que le président de la République est droit dans ses bottes.
Pour analyser la situation qui prévaut, un de nos reporters s’est entretenu avec un juriste et défenseurs des droits de l’Homme.
Lise plutôt !
Affiches Guinéennes : Présentez-vous à nos lecteurs
Interlocuteur : Je suis Maître Elhadj Hamidou Barry, avocat à la Cour, enseignant chercheur, membre de l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) et président de la Coalition Guinéenne pour la Cour pénale Internationale CG- CPI .
C’est déjà connu de tous que les élections auront lieu le 1er prochain avec le référendum constitutionnel d’après le décret du chef de l’Etat diffusé dans la soirée du mardi 4 février 2020. Quelle est la position de votre organisation face au couplage?
Le problème ce n’est pas de prendre un décret, puis programmer des élections. Ce qu’il faut faire, c’est d’organiser des élections crédibles inclusives, transparentes et acceptées de tous. La solution c’est cela.
Coupler les élections législatives et le référendum ça ne nous préoccupe pas. Parce que premièrement notre organisation officiellement son opposition à tout changement constitution et à un troisième mandat. Deuxièmement, le fichier électoral n’est pas propre. Il ya huit (8) millions d’électeurs sur une population d’environ treize (13) millions d’habitants. La solution c’est de préparer les élections temps que ça prendra .Même si ça prendra quatre mois, on prépare des élections législatives et présidentielles.
Rappelez vous qu’il ya une jurisprudence lorsqu’on a organisé le premier tour en 201, on a attendu quatre mois et quelques jours pour le second tour.
Alors, quelle est la solution selon vous ?
Si l’opposition dans sa majorité conteste le fichier électoral, la solution pour la paix, la sécurité et la tranquillité de la Guinée, c’est de procéder au toilettage de ce fichier pour organiser des élections crédibles.
De même, la solution réside au retrait du projet de nouvelle constitution pour tenir des élections apaisées.
Souvenez-vous encore que l’OGDH a été la première organisation avec les Mêmes Droits pour Tous, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et l’Association des Victimes Parents et Ami(e)s du 28 septembre à organiser une conférence de presse en janvier 2016 pour s’opposer à toute de modification de la Constitution notamment les articles 27 et 1524 et à un troisième mandat. Notre position n’a pas varié. La Coalition Guinéenne pour la Cour Pénale Internationale dont l’OGDH est membre a organisé plusieurs conférences de presse pour dire que le projet n’est pas bon.
Que reprochez vous au projet de nouvelle constitution dont les modalités d’organisation du referendum est rendu public par décret ?
S’il ya une nouvelle constitution, on dira c’est la quatrième république. On dira que l’actuel président a le droit de se présenter. S’il se présente, il aura un 3ème mandat et plus. Le président de la République a déjà dit à Dakar s’il ya une nouvelle constitution, il ya un 3ème mandat. Il faut que nous acceptions l’alternance en Afrique. Donc, la solution une fois de plus c’est d’abandonner le projet.
La Cour Constitutionnelle a récemment rejeté la requête des leaders politiques de l’opposition par défaut de qualité. Qu’est ce que vous en pensez ?
D’abord, ce n’est pas moi qui ai saisi la cour constitutionnelle. Ensuite, je ne maîtrise pas les faits et en fin je ne suis pas dans cette juridiction et je ne commente pas les décisions de justice. Mais tout ce que je peux demander à la Cour Constitutionnelle dont je connais bel et bien les membres, c’est d’œuvrer pour une justice, la paix et la sécurité. Parce que nous sommes dans crise très grave et la Cour Constitutionnelle a un rôle très important la sécurité et la paix dans un pays. Parce qu’elle est le garant de la constitution.
Etes-vous d’avis avec ceux qui dénoncent ce qu’ils qualifient de deux poids deux mesures dans le procès des opposants au troisième mandat ?
Evidemment ! C’est ce que j’appelle les injustices et inégalités sociales. Si l’autre camp reçoit des moyens pour faire la campagne de soutien au projet de nouvelle constitution, les autres sont poursuivis, arrêtés illégalement et jugés rapidement. Ce sont des injustices sociales qui occasionnent des frustrations. Retenez que depuis 1958, on ne fait qu’enregistrer des frustrés en Guinée. Des gens ont été pendus ici et tués au camp Boiro. Des gens ont été tués en 2007 et le massacre du 28 septembre en 2009 à Conakry. Vous avez aussi ce qui se passe actuellement à Labé, Mamou, Dalaba et Pita.
Vous croyez que des gens vont continuer à se résigner ? Il faut arrêter ces injustices pour qu’on pense au développement et bien être.
Si vous avez des appels à lancer, nous vous écoutons.
Je demande toujours et très respectueusement à Monsieur le président de la République de renoncer au projet de nouvelle constitution et du 3ème mandat. Aux institutions chargées de gérer les élections en Guinée, d’organiser des élections crédibles, inclusives, transparentes et apaisées.
Merci Me Hamidou Barry !
C’est moi qui vous remercie !
Interview réalisée et décryptée par Thierno Amadou Oury BALDE, spécialiste des questions juridiques et judiciaires
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