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Djènè Saran Camara, Député à l’Assemblée Nationale : « Les femmes doivent être davantage associées à la notion de gouvernance … »

Conakry, le 16 Août 2017 – Du lycée à l’Université, et depuis  quelques décennies  dans la vie administrative, politique, sociale, culturelle et sportive de son pays, le parcours  de Djènè Saran Camara évoque celui  d’une conquérante qui  franchit  tous les obstacles en  héroïne sur un  destrier magique,  capable d’atteindre la lune si elle en prenait l’initiative et la direction. Le Bulletin du Gouvernement de ce mois est allé à la rencontre de cette dame exceptionnelle de détermination.

Explorons s’il vous plait avec vous, Honorable députée, quelques pages de votre trépidant parcours !

 Je suis Djènè Saran Camara, née le 10 octobre 1958 à Kérouané, mariée,  mère de six enfants. Je suis Docteur en pharmacie. Mon parcours est riche et varié. J’ai passé mon baccalauréat à Kérouané, avant d’être orientée à la faculté de médecine pharmacie à l’institut polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry.

J’ai effectué  beaucoup de stages pratiques  au niveau de la promotion médicale à Lomé, Cotonou, Dakar, Marrakech, Abidjan, Douala et Conakry. J’ai également fait beaucoup de formations  en management  et leadership féminin,  avec le Marfil international d’Abidjan  en management et intégration de la  femme dans le développement avec Ami-Bagdad  d’Atlanta.

J’ai fait la formation sur les passations des marchés pour l’institut africain de développement ; j’ai été membre du groupe de travail sur la  formation des  5 programmes cadres du pays ; J’ai participé  à la réunion continentale  sur la médecine du sport au Kenya.

J’ai également participé à Dakar à la réunion  du comité  international olympique sur femme et sport ! J’ai participé  à Abidjan  au cours  général sur  la médecine  du sport  entre 1995 et 2004. Je préside plusieurs structures :

– Présidente de l’association pour le développement de Kérouané ;

– Présidente de la commission médicale du comité national olympique guinéen ;

– Présidente de la commission nationale de lutte contre le dopage ;

– Présidente fondatrice de la fédération nationale des sports mécaniques ;

– Présidente de club service SOROPH INTERNATIONAL de Conakry ;

– Vice-Présidente de la cellule des femmes pour le développement(CEFD) ;

– Membre du réseau des femmes africaines Ministres et Parlementaires (REFAMP) ;

– Membre de l’association des femmes guinéennes pour la recherche et le développement (AEFAMP);

– Membre du mouvement Panafricain de la jeunesse ;

– Membre du comité national de la jeunesse de Guinée (JRDA) ;

– Première Vice-Présidente du conseil d’Administration des Etudiants de Guinée ;

– Chef de service pharmacie à la Direction Nationale de la Santé Scolaire et universitaire ;

– Directrice de la promotion médicale de l’entreprise Nationale des industries pharmaceutiques de Guinée (ENIPHARGUI) ;

– Elue députée à l’Assemblée Nationale en 2002 ;

– Ministre du commerce, de l’industrie, des petites et moyennes entreprises en 2004 ;

– Elue membre de la législature en cours en 2013 ;

– Trophée femmes et sport du comité olympique international  en 2013, élevée à l’ordre national du mérite par le conseil international militaire pour ma contribution à la paix au niveau des forces de défenses et de sécurité.

 

Comment êtes-vous arrivée à la tête de la commission défense et sécurité de notre Assemblée Nationale?

Je pense que ma patience m’a beaucoup aidée ! Après avoir été élue députée en 2013, j’ai choisi au sein de mon groupe parlementaire,  d’appartenir au comité de formation,  défense  et  sécurité.

L’analyse que j’ai  faite sur ce secteur dans notre pays,  m’a permis de trouver que c’est un secteur à explorer et qu’il fallait de la détermination, de la disponibilité,  et être battante pour affronter le combat. ! J’ai compris aussi à travers cette analyse,  que c’est une première fois  en Afrique,  que la question de défense et de sécurité est  une priorité pour les femmes ; alors que nous n’étions intéressées auparavant  que par les questions sanitaires ou d’éducation,  sans jamais être au cœur du dispositif de la défense.

Consciente donc de  la prédisposition des femmes à initier des recettes favorables à la préservation de la paix, j’ai estimé qu’il fallait m’engager pour lever un des défis  auxquels les femmes font face.

Cela représente pour moi  le fondamental pour le bien être,  quand on sait que la sécurité consiste à être à l’abri  de la peur et du besoin avec de plus en plus d’importance accordée à la question de la sécurité internationale. On sait que la sécurité est devenue un enjeu majeur dans la stabilité de nos Etats. Comme je l’ai dit,  il fallait approcher ce secteur pour d’abord le connaitre et travailler comme nous sommes en train de le faire aujourd’hui.

 

Pour revenir à votre fonction de députée, en quoi consiste-t-il ?

Il faut rappeler que le rôle de l’Assemblée Nationale en général,  est de représenter le peuple à travers deux fonctions qui sont la législation et le contrôle de l’action gouvernementale.

En ce qui concerne la commission à laquelle j’appartiens, c’est  l’organisation de défenses, de lien entre l’armée et la nation,  qui apporte une assistance stratégique sur les questions de défenses et donc, nous œuvrons  dans le cadre de la préservation de l’intégrité du territoire. Cela  veut dire tout simplement que tout le travail  parlementaire  de  l’assemblée nationale,   est subdivisé  comme souligné plus haut, et que lorsqu’un dossier arrive après  la procédure aux législatives,  les commissions prenantes  sont saisies  sur  le fond pour étudier ces dossiers  dans chacun des  domaines.

 

Vous étiez récemment à l’intérieur du pays à la rencontre des femmes leaders de haute guinée ! Que pouvez-vous nous en dire ?

Nous étions parties au compte du forum  des femmes parlementaires de Guinée. Comme vous le savez, ce forum est né de la volonté exprimée  par ses membres sans distinction  d’option, d’appartenance  politique,  religieuse ou  ethnique. La présidence est placée sous la tutelle de l’assemblée nationale et  représente les femmes députées  dans les réseaux CEDEAO, Union africaine  etc.

Notre but est de permettre aux femmes députées de s’unir  et d’agir ensemble au-delà de notre appartenance, afin de défendre  et de garantir les droits des femmes, l’égalité des sexes et la prise en compte du genre dans le travail parlementaire. C’est ainsi qu’on a réalisé beaucoup de choses et c’est dans ce cadre qu’on a initié cette année d’aller vers les femmes de l’intérieur  parce que les élections communales approchent, car il faut aller vers elles pour  faire un plaidoyer en vue d’une meilleure participation   des femmes.

 Nous avons pensé qu’il fallait qu’on arrive à convertir  le poids démographique  et le crédit social des femmes en dividendes politiques,  en leadership et surtout en force de négociation. C’est important pour nous parce que nous sommes confrontées à un problème d’exclusion. La femme,  pour qu’elle puisse exprimer ce qu’elle ressent, doit être politique !

Nous sommes des politiciennes,  des animatrices ; c’est nous qui votons et qui élisons les hommes et ensuite, personne n’arrive à s’occuper de nous. Nous sommes donc absentes  aux phases  de participation et aux exécutions. Si nous réclamons nos places, pour occuper des postes de responsabilité, c’est parce que rien  ne viendra sur un plateau d’argent. Nous insistons  également sur la formation, parce que c’est un handicap pour les femmes. Pour  être  nommé  ministre par exemple, il faut bien plus que de savoir lire et écrire. Comme stratégie,  nous avons  éveillé la conscience politique des femmes  pour qu’elles puissent assumer et consolider  le  potentiel politique des femmes.  et sensibilisé les hommes sur la nécessité  d’adopter l’approche intégrée et l’égalité avec les  femmes dans les politiques et les programmes. Nous avons également entrepris nos maris, pour leur faire comprendre la nouvelle donne, et obtenir leur appui pour son épanouissement personnel.

Nous avons eu aussi à  explorer  le capital car, les femmes ont une culture de partage du  savoir et de la participation. Les femmes ont une intuition qui est source de créativité ;  elles sont acquises aux principes de l’égalité. Donc nous ne doutons pas que les  femmes viendront désormais  en grand nombre aux élections locales.

 

Quelle est la place de la femme dans les instances de gouvernance ?

Pour moi,  la gouvernance est une notion parfois controversée, parce qu’elle est définie  et attendue de manière diverse et contradictoire. Cependant,  malgré la multiplicité des usages du mot, il semble recouvrir des  termes proches de bien gouverner. Alors pour bien gouverner de nos jours, les femmes doivent être désormais présentes pour de multiples et excellentes raisons. En quelques  mots,  la gouvernance n’est autre que  la mise en œuvre d’un ensemble  de dispositifs, de Règles, de normes, de protocoles, de conventions, etc., pour assurer une meilleure coordination, afin de  prendre des décisions consensuelles et de lancer des actions concertées.

Il faut associer les femmes pour s’affranchir des habituels décideurs  omnipotents. Je pense qu’aujourd’hui, les femmes doivent être associées à cette nouvelle vision de la notion de gouvernance, de commandement, d’économie, de développement, parce que pour qu’un pays  aille de l’avant il faut compter avec toutes les couches sociales et particulièrement la couche féminine. Les femmes traditionnellement s’occupent de tout sans outils  statistiquement fiables  pour évaluer  leurs apports  dans la production de la richesse nationale et leurs contributions à la constitution du PIB. Malgré la situation  économique difficile de notre pays, il faut reconnaître que les femmes  sont passées rapidement de l’époque de fourmis travailleuses mais négligeables, à celle d’agents  économiques  de plus en plus importantes, capables de financer des activités sur fonds propres. Donc, les femmes se battent pour vivre, survivre et faire vivre leurs familles puisquelles constituent  la majorité de la population. Toute politique ou absence de politique pour accroître leurs efficacités économiques et sociales  et pour les sortir du statut  de cette citoyenne de seconde zone est contreproductive.

 

Vous êtes une femme très active, résolument engagée pour la stabilité et la prospérité du pays ! Quelles sont vos plus grandes fiertés dans votre parcours?

 Ma première fierté est d’abord d’être femme. Je le dis souvent quand je suis entrain de travailler,  de conduire comme un homme. Avoir été  présidente par intérim à la présidence  de la première république sous Feu Ahmed Sékou Touré,  a été une fierté pour moi ! C’est resté gravé dans l’histoire de la république de Guinée. Auparavant, j’ai été présidente des étudiants de Guinée comme je l’ai dit tantôt.

En 2004,  c’est dans ce sillage que j’ai été nommée par intérim du président de la république, Sékou Touré, en attendant la réélection d’un président à l’époque. Donc pour moi, aujourd’hui, c’est une fierté parce qu’il y’ avait parmi les personnalités de l’époque, dont certaines ne sont pas encore décédées, de véritables dirigeants très patriotes.

Dans le domaine sportif également, j’ai été très fière de mes exploits à l’époque.

Tous ces  souvenirs,  me procurent une grande fierté aujourd’hui et ceci est la preuve de l’importance accordée au rôle de la femme à cette époque lointaine.

J’ai également été deux fois à l’assemblée nationale, et Ministre du Commerce, de l’Industrie et des petites et moyennes entreprises, et j’ai le sentiment très réconfortant d’avoir toujours très bien servi mon pays.

C’est aussi une énième fierté  d’être récipiendaire de trophée  du comité  international olympique ‘’CIAO’’ en 2013, lorsqu’on avait essayé le drapeau de la guinéen à l’OSAM. J’ai été décorée par  le conseil international du sport militaire pour ma contribution à la force de défense et de sécurité.

 

Vous avez évoqué plusieurs occupations et  engagements professionnels mais comment faites-vous pour concilier le tout avec votre vie de famille nombreuse ?

Pour résumer, il n’y a pas beaucoup à  dire sur cette question, il m’a juste  suffit d’avoir de la détermination ! La femme doit être déterminée, organisée et savoir les besoins de sa famille ; c’est très important, et c’est ce que je fais  pour concilier la famille avec la vie politique et sportive. Avec la politique,  il faut être toujours absent de la maison pour  être aux activités. Je me suis donc  organisée  et heureusement,  j’ai eu un mari qui me soutenait et qui tienait à ma promotion, à mon épanouissement personnel ! Il m’a aussi  aidée à entretenir les enfants à la maison  et il m’a donnée la plus belle chose qu’on peut accorder à son conjoint : la liberté.

J’ai évolué dans ce sens jusqu’en 2002,  avant de siéger à l’assemblée nationale et jusqu’à présent, je continue avec la jeunesse et les femmes, parce que bientôt on va ouvrir la banque communautaire de Kérouané, qui regroupe les femmes et les jeunes.

 

Madame Camara, nous arrivons au terme de notre entretien. Avez-vous un message particulier en guise de conclusion ?

Je pense que les femmes doivent oser, et surtout pratiquer la solidarité. J’espère que les femmes continueront à se consacrer à l’objectif commun : l’égalité des sexes  à tous les niveaux. C’est pourquoi nous devons briser toutes les barrières qui se dressent devant nous  en nous impliquant ardemment et pleinement  dans le processus du combat contre la discrimination à l’égard des femmes  en politique, etc… ! Il faut rompre avec nos pesanteurs sociales défavorables aux femmes et aux jeunes filles. Nous pensons que les femmes détiennent les outils nécessaires à produire  des changements à tous les niveaux.

Bravo les femmes, nous vous demandons de la détermination à vous impliquer toujours davantage.

 

Transmis par la Cellule de Communication du Gouvernement

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